Digitalis Purpurea

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 Bad Lands (fiction épisodique)

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Damian



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MessageSujet: Bad Lands (fiction épisodique)   Mar 30 Juin 2009 - 21:13

Ca fait un bon moment que je traine ma carcasse dans ces ruines. J’ai vu des villes naitre et puis s’éteindre, des fêtes, des manifestations, des guerres. Trop de guerres. Beaucoup trop de conflits sur ces terres. J’ai vu l’espèce humaine apparaitre, se développer, croitre jusqu’à la déraison, épuiser ses ressources, et se battre jusqu’à s’autodétruire. Le frère contre le frère, le fils contre le père, la créature contre son créateur, ils se sont tous entretués. Un jour, lorsqu’ils avaient atteint le seuil d’une nouvelle forme d’existence, le plus fou d’entre eux à appuyé sur un bouton. C’est là que ce monde a chaviré. Peu se souviennent de ce qui s’est réellement passé. Certains parlent d’une maladie terrible, d’autres d’explosions atomiques. Ce qui est sur, c’est qu’un grand cataclysme a eu lieu. Tremblements de terre, raz de marée, explosions volcaniques, glissements de terrain, l’ensemble de la planète a vue son apparence bouleversée. Les pertes humaines furent très lourdes. Environ quatre-vingt quinze pour cent des êtres humains ont été balayés. Et les survivants durent s’adapter.
Et moi dans tout ça ? J’ai subi, comme les autres, comme ceux avec qui je cohabite. J’avais depuis longtemps pris l’habitude de me fondre dans la masse, de faire comme si j’étais l’un d’eux. A ma connaissance, j’étais le seul de mon espèce. L’adaptation était devenue une seconde nature pour moi. Après tout, j’ai la faculté de sentir d’où vient le vent. Un forme de précognition si vous préférez. Ca m’a permis d’éviter quelques galères. Mais pas toutes, loin de là. Je les ai vus se massacrer allègement pendant des siècles, alors leur diminution subite ne m’a pas tellement surpris. Avec tout ce qu’ils s’étaient infligé entre eux, il était certain qu’ils déclencheraient une catastrophe.
Mais je m’égare. Le passé est le passé. Le présent n’est guère reluisant. De petites communautés qui vivent dans les ruines des cités que leurs ancêtres avaient bâties, tentant de survivre en essayant d’exploiter ce qui peut l’être encore. Leurs précieuses technologies ne leur sont plus tellement utiles. Bien peu d’entre eux se souviennent du fonctionnement de ces appareils. Après avoir atteint leur apogée, ils sont de retour à leur commencement. Et le climat déréglé n’arrange rien. La chaleur brûle leurs jours et le froid glace leurs nuits. Une véritable sinécure. Des ruines, des terres brulées à perte de vue, une atmosphère étouffante sous un soleil de plomb contrebalancée par un froid de mort lorsque la lune se lève.
Et moi sur les routes, errant dans ce monde sur la fin, attendant quelque chose que j’ignore.
Enfin pour ce qui concerne la survie, aujourd’hui je suis servi. Adossé aux restes d’un mur de pierre, j’attends que l’averse se calme. Il pleut du plomb. Il a fallu que ma route croise celle d’une bande d’évadés de l’asile, pillards à leurs heures, s’attaquant aux rares voyageurs. Je ne sais pas d’où ils sortent leurs munitions mais elles ne doivent pas leur couter cher, vu l’efficacité avec laquelle ils les gaspillent. Bien sur, je pourrais les balayer en un clin d’œil, mais le soleil brûlant me coupe mes moyens. Alors j’attends que l’orage passe pour riposter un peu. J’ai quelques amis tranchants et effilés à leur présenter. Rien ne vaut quelques bonnes lames pour disperser les importuns. Ah le temps se calme, ça va être à moi. D’abord, les deux petits malins qui tentent de me prendre en tenaille. Ensuite sur la gauche puis sur la droite en revenant vers le centre. Clac, voila le dernier. Etrange, ils me semblaient plus nombreux. Ahhh ! Mon épaule ! Le lâche m’a eu par derrière. Dommage pour lui. La douleur a tendance à me faire sortir de mes gonds. J’ai entendu un craquement dans sa colonne quand mon énergie l’a saisi puis broyé. Il ressemble à un pantin dont on aurait coupé les fils. Allez, va rejoindre la poussière. Voyons ce qu’on peut récupérer de leurs petites affaires. Vous pensez sans doute que je ne suis qu’un charognard. Vous n’avez peut-être pas tort. Mais dans ce qu’il reste de ce monde, tout ce qui peut s’échanger est bon à prendre. Alors au diable les scrupules.
Je me souviens que certains penseurs du passé attendaient qu’ait lieu un grand nettoyage dans l’espèce humaine. Ils espéraient que les survivants oublieraient leurs différences et leurs préjugés pour fonder une société meilleure. Je peux vous dire qu’ils se sont grandement trompés. La chasse aux étrangers est ouverte en permanence. Mieux vaut ne pas trainer trop longtemps au même endroit si vous n’êtes pas un membre de la communauté. Ca serait prendre le risque de finir bien vite entre quatre planches. On vous accordera de quoi manger et un peu d’eau si vous avez de quoi le monnayer, mais rien de plus. Une seule caste échappe à cet état de fait : les Pacificateurs. Entendez par là des assassins sans foi ni loi qui tuent sur commande, en échange de la tranquillité. Certains se sont organisés en bandes pour parvenir à contrôler quelques villages. Mais ça ne dure jamais longtemps. Il suffit qu’un indépendant arrive pour que le village sombre dans le chaos. Et il y a des candidats pour ce beau métier. La tranquillité établie par une réputation de tueur est une sacrée motivation. La plupart ne passe pas le cap d’une année, mais il en est quelques uns qui survivent plus longtemps. Aussi ai-je embrassé cette « carrière » pour être libre de mes mouvements. Un voyageur est plus tranquille s’il n’a pas besoin de scruter l’horizon à chaque minute pour s’assurer de ne pas prendre un projectile perdu. Et puis pour un être humanoïde n’appartenant pas à l’espèce humaine, c’est l’emploi rêvé. Le vent porte les rumeurs d’un village à l’autre suffisamment vite pour qu’un Pacificateur soit identifié avant son arrivée. Les rares personnes qui croisent leur route sont soit des employeurs, soit des commerçants, soit de futures proies et parfois le tout à la fois.
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Damian



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MessageSujet: Re: Bad Lands (fiction épisodique)   Jeu 9 Juil 2009 - 19:23

Dans ce pays perdu, il n’y a qu’une seule loi, celle de la poudre et du plomb. Ca fait plusieurs jours que je n’ai pas pu poursuivre mon récit. J’étais trop occupé à sauver ma peau, pour ce qu’elle peut encore valoir. Figurez-vous que je pensais avoir trouvé une zone un peu plus tranquille pour m’établir quelques jours. Après des mois de désert à perte de vue, j’ai soudain vu s’ouvrir devant moi une petite forêt végétale. Tomber sur un champ de plantes vertes alors que tout n’est plus que ruines et étendues désertiques, c’est inespéré. C’est sur, certains plans n’avait pas l’air au mieux de leur forme, brulés par le soleil, rongés par les insectes. Mais d’autres plus jeunes étaient encore verts. Moi qui pensais que c’en était fini des vertes étendues dans ce monde de chaos. Je décidais alors de m’avancer un peu entre ses hautes tiges pour m’abriter un peu de la chaleur écrasante. Ca et là je croisais quelques abris de fortune et des restes d’habitations pas encore tout à fait effondrées. A peu près au centre de cette étendue herbeuse, je trouvais un puits d’où émergeait un gros pipeline qui s’enfonçait ensuite entre les tiges végétales. Voila comment ce champs n’était pas encore carbonisé : le dispositif d’irrigation était toujours fonctionnel. Un petit treuil était disposé au dessus du puits, agitant son crochet au gré du vent. Et à quelques pas, une remise à outils avec une vieille pompe à main disposée contre l’un de ses murs. Une source d’eau, des murs, un toit, peut-être même de la nourriture. C’était le coin rêvé pour se reposer un peu et oublier quelques instants le sort du monde. Je déposais donc ma besace, mon vieux chapeau et ma gabardine usée sur un antique établi dans cette petite remise et allais essayer de faire fonctionner la pompe. Je pus récolter un peu d’eau moins saumâtre que celle de mes points de ravitaillement habituels. Elle était fraiche, une véritable bénédiction pour ma gorge desséchée. J’en profitais pour faire un petit inventaire des lieux et offrir un petit nettoyage à mes outils de travail. Pour un Pacificateur, il n’est jamais bon de laisser ses armes trop longtemps sans révision. C’est un coup à se retrouver dans de sales draps au moment où il faudrait disposer de tout son attirail. Alors autant profiter d’un petit havre pour s’assurer que tout peut remplir son office au bon moment. Ensuite je m’accordais quelques heures de repos, mais en demeurant vigilant. La nuit se levait lorsque je suis sorti de mon sommeil. La lune était masquée par de gros nuages, plongeant les lieux dans une épaisse obscurité. L’atmosphère des lieux avait changé. Ce qui ressemblait à un sanctuaire dégageait maintenant une aura sourde et menaçante. Une odeur de charogne flottait dans l’air. Les tiges s’agitaient et bruissaient comme si quelque chose les effleurait en se déplaçant. Soudain, un son horrible résonna, mélange du sifflement d’un serpent et du feulement d’un fauve. Aussitôt en alerte, je me coulais contre un mur de la petite cabane, les armes aux poings, prêt à tout. Mais un frisson secoua ma nuque et s’insinua dans ma colonne. Malgré mes siècles d’expérience, je n’avais encore jamais croisé une créature m’inspirant de l’effroi. Mais ce qui glissait entre les herbes représentait un véritable danger pour moi. L’air vibra et je fus frappé par ce que je pris d’abord pour une section du pipe line sortant du puits. Mais à son contact, je sentis que ce n’étais pas un matériau artificiel mais bien quelque chose de vivant. Je titubais sous le choc et n’eut que le temps de me jeter sur le côté en percevant une ombre gigantesque qui filait droit sur moi. Je croisais l’espace d’un instant le regard de cette ombre et j’y vis la fureur, la soif de sang et surtout une terrible puissance. Mon courage et ma témérité habituelle me quittèrent complètement. Je fus paralysé l’espace de quelques secondes. Dans l’obscurité, je sentis ce qui m’avait frôlé faire demi-tour et revenir vers moi en sinuant sur le sol. Un rayon de lune passa, m’offrant un aperçu de l’horreur. La chose évoquait le vers par son corps annelé, mais avec des pattes de mante religieuse et une tête aux yeux reptiliens terminée par une mâchoire aux dents monstrueuses de fauve. Je sus alors à quoi j’avais à faire. Un Mégalerias, une chimère crée pour répandre l’horreur et le carnage sur les champs de bataille. L’une des dernières créations de ces fous d’humains avant le grand cataclysme. Mais comparée à d’autres que j’avais pu apercevoir, celui-ci semblait les surpasser en tous points. La liberté dont il avait hérité avec la chute des humains lui avait appris toute la sauvagerie nécessaire pour survivre par ses propres moyens. Voila un adversaire avec qui je n’allais pas m’en sortir facilement. Je me ressaisi, sautais sur mes pieds et, afin de me donner le temps d’établir une stratégie, je me jetais en courant entre les végétaux. Si j’avais la possibilité de lui échapper, je préférais dix fois cette solution à l’affrontement. Mais je du me rendre assez vite à l’évidence : ce champ était un véritable labyrinthe. Pour compléter le tableau, les limites du champ étaient encerclées par toutes sortes de reptiles probablement sous l’influence du monstre. J’étais véritablement pris au piège.
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MessageSujet: Re: Bad Lands (fiction épisodique)   Jeu 16 Juil 2009 - 19:17

Où en étais-je ? Ah oui, j’étais pris au piège dans ce champ sorti de nulle part, face à un monstre sortit de l’imagination démente d’un humain disparu depuis longtemps. Il ne me restait qu’une seule option : l’affrontement. Je dégainais alors ma lame la plus longue et la plus affutée. De simples couteaux de lancé glisseraient sur le corps annelé d’un tel animal. Prenant une grande inspiration, je me jetais à corps perdu dans la bataille. Je feintais à gauche, plongeais à droite, me relevais presque sous l’abdomen monstrueux et tentais de lui percer le flanc mais ma lame fut repoussée par ses écailles. Il s’en fallut plus d’une fois d’un rien pour que je ne finisse empalé par l’une de ses pattes ou déchiré en deux par ses terribles mâchoires. Je persistais pourtant, bondissant de coté, roulant au sol, glissant très près de ses anneaux, me faufilant entre ses pates et les tiges végétales. Soudain, je vis le monstre lancer son cou en arrière et gonfler son torse. Une collerette apparu autour de son cou et, jetant sa gueule grande ouverte en avant, il cracha un étrange venin qui s’enflamma lorsqu’il atteignit le sol. J’eus à peine le temps d’esquiver un jet qui aurait put signer la fin de mon combat. La bête commençait à être très énervée. Je la contournais et risquais alors une manœuvre périlleuse. Je bondis sur son dos et m’agrippais à ses écailles. L’animal hurla de rage. Il se tortilla en tous sens, ruant, cherchant à me déloger par tous les moyens, mais je tins bon. Je repairais une zone de peau moins dense à la jointure de son cou et de sa collerette et, décidant d’en finir, y plongeait ma lame sur toute sa longueur en remontant vers le crâne. Le monstre siffla de douleur et ses ruades se firent encore plus violentes. Il tentait de tourner la tête pour ôter la lame avec ses mâchoires, les faisant claquer violement. Ses yeux brûlaient d’une rage folle. Je compris que pour en finir, il me faudrait faire appel à mes plus puissantes ressources. Je saisis alors la poignée de ma lame à deux mains et murmurais dans mon ancien langage un antique appel. Aussitôt une force phénoménale m’envahit. J’arrachais mon coutelas du cou de la bête, m’élançais dans les airs et retombait sur son abdomen la pointe de mon arme en avant, évitant ses ondulations et ses tentatives pour me saisir de ses mâchoires. Ma lame s’enfonça profondément à travers les écailles qui se déformèrent sous l’impact. Mes bras pénétrèrent à sa suite dans les entrailles du monstre jusqu’à atteindre le cœur et le traverser. Le corps du monstre s’affaissa alors et s’écrasa au sol. Dans un dernier souffle, l’animal ouvrit sa gueule et expulsa encore son mortel fluide, arrosant copieusement les environs. Je m’extrais difficilement des entrailles ravagés du monstre et n’eus que le temps de sauter sur mes jambes pour fuir. Ses congénères reptiliens approchaient à toute vitesse pour tenter de m’agripper. La carcasse de la bête se mit à fondre, libérant plus de venin. Le champ s’embrasait rapidement. Je n’eus donc d’autre choix que de me mettre à courir de toute la force de mes jambes pour sortir de ce brasier. Ce ne fut pas sans mal, mais je parvins à échapper aux flammes. En peu de temps je vis disparaitre l’un des derniers champs de culture de ce monde.
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MessageSujet: Re: Bad Lands (fiction épisodique)   Mer 29 Juil 2009 - 0:09

Dix jours plus tard, j'ai croisé quelques humains en costume militaire rampants au sol, tentants de se dissimuler dans les rares broussailles et les ruines des bâtiments d'une grande ville. Je me suis gentiment laissé prendre et conduire dans ce qui restait de leur base d'opérations. J'ai alors appris qu'ils s'entrainaient le jour à l'extérieur pour aller combattre la nuit dans les sous-sols de la ville envahis par toutes sortes de créatures. Je ne me suis pas tellement attardé, n'ayant pas d'intérêts dans leur affaire. J'ai au moins pu refaire un peu mon stock de provisions en piochant dans leurs rations. Vue leur espérance de vie face aux créatures qu'ils affrontent, ça ne leur manquera pas.
C’est le jour suivant que j’ai croisé la route d’Andressia Lysofant pour la première fois. Ca ressemblait à un jour comme tous les autres. Le soleil brulant brillait haut, l’air était chargé de poussière, les ruines s’étendaient à l’infini au milieu de ce désert poussiéreux. Droit devant moi, au centre de ce qui avait du être un village apparut un puits surmonté d’un petit toit. Je commençais à manquer d’eau et me pris à espérer que ce puits ne soit pas sec comme la majorité de ceux que j’avais pu croiser. Aussi avançais-je plus rapidement vers la petite part d’ombre qu’apportait ce toit inattendu. Mais à quelques mètres j’aperçus une botte qui dépassait du muret bordant cette source d’eau potentielle. Une lame se glissa prudemment dans le creux de ma main, prête à filler vers une cible si nécessaire. Je continuais ma marche comme si de rien n’était. La botte bougea alors et je vis se dresser un pistolero au chapeau à larges bords enveloppé dans un cache poussière brun passablement râpé. Il s’appuya nonchalamment de l’avant-bras sur la margelle du puits en braquant vers moi l’ancêtre d’un six coups ayant subi quelques modifications. Un foulard orné d’une mâchoire grimaçante masquait de son visage ce qui n’était pas dissimulé par son chapeau.
« Holà Ombré, fit une voix éraillée. Qu’est-ce que tu viens faire dans ces ruines ? »
« Je ne fais que passer mon chemin et prélever un peu d’eau s’il en reste », répondis-je d’un ton monocorde.
« Comment te nomme-t-on ? » repris la voix.
Imperceptiblement, je vis le canon de l’arme trembler, comme si celui qui la tenait n’était pas au mieux de sa forme.
« On m’appelle Frost. »
« Frost ? Comme Frost le fossoyeur ? Le Pacificateur ? »
« Possible. Et toi, pistolero, quel est ton nom ? »
« Lysofant. Je suis Pacificateur comme toi. » fit l’inconnu. « Tu veux de l’eau ? Approches il y en aura assez pour deux. Mais soit gentil de rengainer ta lame. J’ai déjà eu une rude journée. »
« Lysofant le Pyrofacteur ? Je te croyais plus dans l’Est. »
« L’Est n’est plus qu’une ombre dans ce gigantesque tombeau. » répondit le pistolero. « Je te le laisse si tes pas t’y conduisent. Je… »
Soudain, mon pistolero vacilla dans ses bottes et s’affaissa contre le muret du puits. Son revolver pointa vers le sol et je cru qu’il était mort. Je m’approchai, toujours méfiant, et poussait l’arme loin de la main qui la tenait d’un coup de pied. Mon pistolero semblait bien mal en point. Dans sa chute, son cache poussière s’était ouvert et je pus voir sa chemise tachée de sang sur le flanc droit. Mais ce que me révéla aussi cette chemise ensanglantée était encore plus surprenant. En effet, la poitrine de mon pistolero révélait deux protubérances inhabituelles pour un homme. Mon pistolero était une pistolera ! Je m’accroupis devant elle et approchais mes mains de son flanc quand elle fit un mouvement.
« Bas les pattes l’ami. J’ai toujours un calibre pointé sur toi. »fit-elle en secouant sa poche gauche.
« Une arme bien inutile alors. »répondis-je en lui saisissant le poignet, extirpant sa main vide de sa poche gauche. « Du calme Miss Lysofant. Je ne m’attaque pas aux mourants, ni aux mourantes. »
La pistolera fit une tentative pour libérer son poignet de mon étreinte mais sans succès.
« Cessez de vous agiter, vous allez vous faire du mal inutilement. Je veux simplement regarder votre blessure pour savoir si je peux faire quelque chose. »
Je libérais alors la main de Lysofant pour soulever délicatement le tissu de sa chemise couvrant la plaie. La blessure était vilaine mais pas létale si on la traitait rapidement. Je rabattis le pan de cache poussière sur le flanc de la pistolera et lui demandais :
« Voulez-vous que je vous trouve un endroit plus confortable pour que vous puissiez vous éteindre plus paisiblement ? »
« Laisses moi, Fossoyeur. Je crèverai dans la poussière comme un homme. Ne me prends pas en pitié. »répondit-elle bravement.
Mon regard croisa alors le sien et je sus alors que je ne pourrais pas la laisser mourir comme je l’aurais fais avec n’importe quel autre porte flingue de ce monde. Ce n’était pas de l’amour, non, car je ne peux m’éprendre d’une humaine. Mais c’était une forme de compassion. Je lisais dans son regard les douleurs et les épreuves qu’elle avait du traverser ainsi que sa détermination à succomber ici si l’heure était venue mais quelque chose m’empêcha de l’abandonner à son sort. Je sortis quelques ustensiles et une bouteille d’alcool de ma besace et revins vers elle.
« Buvez un coup, vous allez en avoir besoin. »dis-je en lui tendant la bouteille.
« Je t’ai dis de me laisser, Pacificateur. Je suis condamnée, alors laisses moi mourir. »
« Ca ne sera pas pour cette fois, Miss. Vous n’êtes pas encore froide. »
Nos déterminations se jaugèrent puis elle empoigna la bouteille en lâchant un soupire. Elle but une longue rasade puis se retourna vers moi.
« Allez, vas-y puisque tu ne veux pas me laisser crever. »
Je soulevais à nouveau le tissu de sa chemise pour voir la plaie de plus prêt. Visiblement le projectile était toujours à l’intérieur. Je puisais un peu d’eau au puits et y trempait un morceau de tissu. Je sortis ensuite ma lame la plus fine et la passais à l’alcool. J’appliquais alors mes mains le long de la plaie pour sentir où pouvait se trouver la balle. Je touchais un renflement près d’une cote.
« La balle est encore là. Je vais devoir l’enlever. Serez les dents, je vais devoir ouvrir. »
Je posais la main près du renflement et fis glisser la pointe de mon stylet le long du derme pour y pratiquer une fine entaille. Je sentis la pistolera se tendre sous l’effet de la douleur mais pas un cri ne lui échappa. Je glissais ma lame dans l’entaille ainsi pratiquée et la fis jouer pour extraire le projectile. Je baignais ensuite les plaies avec de l’eau puis les refermais avec un peu de fil et une aiguille après y avoir versé quelques gouttes d’alcool. Je pensais ensuite les blessures de Lysofant avec un bandage et remis en place sa chemise par-dessus. Pas une plainte ne lui avait glissé des lèvres, ni une larme.
« Vous voila moins mal. Votre carcasse ne pourrira pas ici, Miss. »
« Cessez de m’appeler Miss. Mon nom est Lysofant. Je suis aussi Pacificateur.»
« Très bien. Mais nous allons devoir cohabiter pendant quelque temps. Je ne peux pas vous laisser seule dans votre état. Vous êtes certainement plus brave que beaucoup d’autres mais vos blessures nécessitent du repos. Je me vois donc dans l’obligation de rester avec vous le temps que vous soyez sur pieds. »
« Voila que vous voulez jouer les gardes malade après les médecins maintenant ? Vous n’avez pas une route à poursuivre ? Je n’ai pas besoin de vous. »
« Un vieil adage dis que lorsqu’on sauve une vie, on en devient responsable. »
« Les vieux adages n’ont plus court au milieu de ce chaos, mon vieux. »
Lysofant tenta de se remettre debout en s’appuyant sur la margelle du puits mais la douleur l’en empêcha. Je m’accroupis à coté d’elle et la soutint pour l’aider.
« Si vous faites trop d’efforts, vous allez rouvrir la plaie. »
« C’est bien ma veine. Me voila flanquée d’un galant en plus de ne pas avoir fini dans une tombe. »maugréa-t-elle. « D’accord, vous allez m’aider, mais ne vous attendez pas à de la reconnaissance. C’est vous qui avez tenu à me sauver. »
« J’aurais certainement pu vous laisser vous vider de votre sang. Mais certaines choses ne s’expliquent pas. »
« C’est ça. En attendant, filez-moi un peu d’eau avant que je finisse desséchée. »
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MessageSujet: Re: Bad Lands (fiction épisodique)   Mer 29 Juil 2009 - 23:10

Ce fut une rencontre surprenante et la première d'une longue série. L'histoire d'Andessia Lysofant ne prit pas fin ce jour là et malgré les ravages du temps cela reste l'une des rencontres les plus marquantes. Sans doute parce que cette pistolera était quelqu'un d'exceptionnel à sa façon. Je me suis probablement senti plus proche d'elle que de bien d'autres êtres que j'ai pu croiser au cours de ma longue existence. Je ne l'ai côtoyée que quelques jours cette fois là car elle me faussa bien vite compagnie une fois que sa blessure fut sur le chemin de la guérison. Un jour où la chaleur était particulièrement insupportable, je m'étais allongé dans l'ombre d'une vieille maison aux murs de terre battue, la seule encore debout à des milles à la ronde. L'atmosphère étouffante me pesait lourdement sur les épaules. Lysofant s'était installée dans le coin opposé et semblait assoupie. Mes paupières devenaient de plus en plus lourdes et je sombrais bientôt dans un demi sommeil. Le claquement caractéristique d'un révolver dont on arme le chien me réveilla brusquement. Je me jetais instinctivement au sol, les lames jaillissant dans mes mains, prêt à riposter au moindre tir. Lysofant avait disparue. La zone était déserte mais un cheval piaffait à proximité alors que la pistolera et moi nous déplacions à pieds. Un coup de feu claqua et une balle vint se loger dans le mur où reposait ma tête un instant plus tôt. Je roulais sur le coté pour me dissimuler dans un recoin et sortir du champ de vision de mon assaillant. Un autre coup résonna mais rien n'atteignit mon voisinage immédiat. Le tireur avait vraisemblablement changé de cible. Il y eut encore plusieurs échanges de balles mais rien dans ma direction. Je risquai alors un œil à l'extérieur. C'est à cet instant qu'un canon se glissa contre ma nuque.
« Tu bouges et tu es mort, l'assassin. »dit une voix dans mon dos. « Où s'est posté ton ami le Pyrofacteur? J'ai reconnu son foulard macabre. Il est unique. »
« Il est derrière toi mon pote »fit la voix de Lysofant. Une détonation retentit et quelque chose tomba au sol. Le canon qui s'était glissé dans mon cou disparut. Je me retournais lentement et vit la pistolera un sourire moqueur au coin des lèvres, le pied posé sur la poitrine d'un inconnu où s'épanouissait une large tâche de sang.
« Un partout, Fossoyeur. Nos comptes sont soldés. »
Elle m'asséna alors un violent coup de poing sur la tempe qui m'étourdit. Puis elle fit rapidement les poches du mort avant de foncer vers l'extérieur du bâtiment. J'eus le temps de la voir sauter sur la selle d'un cheval qui paissait un peu plus long, puis elle le lança au galop et s'évanouit dans un nuage de poussière alors que je reprenais lentement mes esprits. Dans ce monde, rien ne dure. Autant pour la gratitude. Mais je savais que je la recroiserais un jour. Elle avait laissé glissé dans une de mes poches un étrange pendentif dont la pierre avait la couleur verte de ses yeux. Un petit souvenir d'une légende, d'une certaine façon. Plus simple qu'un au revoir et plus complexe qu'un remerciement, tout comme elle l'était.
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MessageSujet: Re: Bad Lands (fiction épisodique)   Mar 4 Aoû 2009 - 18:09

La nuit dernière, mon voyage m'a fait m'arrêter dans un coin plutôt isolé. Je marchais depuis plusieurs heures dans des gorges rocheuses, coincé entre deux falaises très escarpées. N'étant pas un spécialiste de la varappe, j'ai préféré suivre le chemin sinuant entre ces deux pans de montagne. Au détour d'un virage j'ai découvert un espace un peu plus ouvert au sol un peu moins aride qu'à l'habitude. Quelques buissons survivaient encore parmi les arbres mort et dissimulaient en partie une vieille bâtisse encore debout malgré le temps rongeant ses murs. C'était une maison ancienne aux murs de pierre. Son toit était toujours en place mais son intérieur avait du subir un incendie. Les pierres étaient noircies par le feu et les planchers avaient disparus. Au centre de ce qui avait du être la pièce principale, un trou béant s'ouvrait vers les profondeurs de la terre, à demi comblé par des carcasses métalliques et des détritus de toutes sortes. Une vague odeur de souffre montait de ce puits. Fatigué par plusieurs jours de marche incessante, je décidais de m'installer pour prendre un peu de repos. Je déposais donc ma besace dans un coin où restaient quelques planches et m'assis, dos à l'un des murs, enveloppé dans mon lourd manteau de peaux. Le soir tombait et le froid n'allait pas tarder à se faire mordant. Je regardais les étoiles s'allumer une à une dans le ciel vide quand la fatigue m'emporta dans un lourd sommeil. Mais au plus sombre de la nuit, mon sixième sens me sortit brusquement de mon assoupissement. Je n'étais plus seul. Quelque chose rodait dans les environs. J'entendis les rares buissons frémir comme sous le vent mais pas une brise ne soufflait. Hormis ces bruissements et quelques rares craquements de branches mortes, il planait un silence de mort sur ce lieu. Soudain, j'aperçus une forme plus sombre que l'obscurité extérieur passer devant une fenêtre béante. Cela avait vaguement forme humaine mais il m'était difficile de déterminer de quoi il s'agissait. Je m'accroupis silencieusement dans mon recoin et me concentrais un peu pour utiliser ma perception psychique. Au début je ne distinguais que des ombres fluctuantes, comme agitées par un courant invisible. Puis une forme humanoïde se dégagea. Cette étrangeté se déplaçait à la manière d'un fauve en chasse, se glissant d'une cache à l'autre. Je sentis que je ne l'avait aperçue que par chance. La chose rendait l'atmosphère lourde, chargé de violence, de haine et de menaces. L'odeur de souffre me parvint plus fortement. L'être s'approchait de plus en plus près. Je sus aussitôt que je devais quitter les lieux au plus vite. Cette créature, quelle qu'elle soit, n'appartenait pas au domaine vivant de ce monde. Elle rodait entre plusieurs plans de la réalité jusqu'à être appelée par quelqu'un ou quelque chose. En aucune manière, je ne pouvais lutter contre cette entité. Les humains, oui, leurs créations, passe encore, mais les créatures venues de je ne sais quelle zone ténébreuse, aucune chance, je n'étais pas de taille. La peur véritable vint se glisser jusque dans la moelle de mes os. Je repassais rapidement la bandoulière de ma besace, me glissais aussi silencieusement que possible hors du bâtiment et me fondis dans l'ombre pour regagner le chemin. Lorsque mon pied rencontra de nouveau cette poussière sableuse qui constituait la majorité du sol de ce monde, je regagnais un peu de sérénité. Pas assez pourtant pour ne pas mettre le plus de distance possible entre ce lieu perdu et moi avant que le soleil n'ai pointé à l'horizon. J'ai rarement croisé de terres damnées mais celle-ci l'était à n'en pas douter et je ne tiens pour rien au monde à y remettre un jour les pieds. Puisse mon chemin ne jamais m'y ramener.
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MessageSujet: Re: Bad Lands (fiction épisodique)   Dim 22 Nov 2009 - 0:12

Je ne vous ai pas encore parlé de mon mentor ! Un personnage ! Il a vécu il y a bien longtemps. Si longtemps que le temps et les générations ont oublié son nom. Dan Sernov était son nom de baptême. Mais il était plus connu sous le pseudonyme de Strige. Strige le voleur de vie pour ses ennemis, Strige l’indomptable pour les autres. Tout en hauteur et en délicatesse, pâle, les cheveux couleur soleil et des yeux délavés par les siècles d’errance. De son Nord natal, il conservait cette morgue, ce je ne sais quoi de lointain et distant. Mais le temps passé sur les routes lui avait enseigné l’art de la survie. Il fallait savoir s’y prendre avec lui pour ne pas risquer de finir avec une lame entre les omoplates. Je fis sa connaissance lors de mes premiers jours sur la route. Je m’étais exilé loin de la vie que j’avais connue, loin des miens, poussé par le besoin de changer, d’oublier certaines blessures. Je n’avais pris pour tout bagage que les vêtements que je portais, quelques vivres et un antique pistolet appartenant à ma famille depuis des lustres. Je cheminais lentement à travers un royaume depuis longtemps disparu, les épaules encore pliées sous le poids de mes péchés. Le soir tombait. Les dernières lueurs de l’astre du jour s’éteignaient dans la plaine. Un léger souffle de vent faisait onduler les herbes hautes. Je cherchais un refuge pour passer la nuit, n’ayant pas encore suffisamment le gout de l’aventure pour dormir à la belle étoile. Quelques pas plus loin je distinguais une vieille ferme en ruines à la lisière des champs, en partie dissimulée par un bosquet. Je me glissais rapidement entre les herbes pour atteindre la bâtisse et m’installais le plus confortablement possible pour la nuit. Les murs de pierre étaient encore solides et quelques fétus de chaume entassés dans un recoin faisaient une litière acceptable. Epuisé par ma journée de marche je ne tardais pas à plonger dans le sommeil. Mais au cours de la nuit, une sensation étrange me sortit de ma torpeur. Un rayon de lune glissant entre les interstices du toit éclairait l’intérieur de la pièce d’une étrange lueur. Et plus loin, dans l’embrasure de la porte, une forme se découpait : le profil d’un homme en long manteau, le cheveu à demi hérissé, fumant tranquillement, adossé au chambranle. Pris de panique, j’attrapais mon vieux pistolet et le braquais sur l’ombre.
« Tu comptes me tuer avec cette antiquité, petit ? Vu son âge, la seule chose que tu vas faire c’est te le faire exploser au visage, en admettant qu’il soit chargé. » fit une voix un peu rauque.
Et l’ombre continuait tranquillement à fumer sans esquisser un autre geste. Je voyais rougeoyer l’extrémité de sa cigarette dans l’obscurité qui l’enveloppait. Quelque chose dans son ton laissait entendre que tirer ne serait pas une bonne idée, sans pour autant sembler menaçant. Je me redressais lentement en baissant un peu mon arme pour mieux ajuster ma visée sur l’ombre quand mon poignet fut soudainement saisi par une poigne glacée qui me tordit le bras jusqu’à ce que mon arme m’échappe des mains. L’espace d’un clignement de paupières, l’ombre avait quitté l’embrasure de la porte et s’était glissée dans mon dos pour me désarmer. Estimant que je ne représentais plus un réel danger, elle s’était maintenant installée face à moi, adossée au mur de pierre. Mon antique pistolet était maintenant dans sa main gauche, le canon pointé vers le sol.
« Il eut suffit d’une pression de ton doigt et tu étais mort. » fit à nouveau la voix avec un accent glacial.
La lumière argentée de la lune éclairait un visage en pointe de flèche, aux cheveux blonds, à la peau pâle et dont les deux yeux bleu acier me transperçaient. L’homme était drapé dans un long manteau couleur crème qui, bien qu’ayant connu des jours meilleurs, lui donnait une certaine allure. Bien qu’appuyé à une ruine, il se dégageait de lui une prestance de prince. Son visage affichait une expression indifférente, voir légèrement méprisante mais son regard trahissait au contraire une froide détermination. Une étincelle de folie y brillait par instants. Relevant le canon de l’arme vers le toit, il pressa alors la détente. Un claquement bref résonna alors que le chien frappait le vide. Puis l’homme lança le pistolet vers moi. Je le réceptionnais lourdement entre mes mains.
« Toujours vérifier que ton arme est chargée et à portée de main avant de t’endormir. Et savoir évaluer si un combat est perdu d’avance d’un coup d’œil. Voila deux règles qui devraient te permettre de survivre un peu plus longtemps, petit. »
C’est à cet instant que j’aperçu glissées entre les doigts de sa main droite de fines lames de lancer. Il aurait pu me tuer à n’importe quel moment, s’il l’avait voulu.
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Bad Lands (fiction épisodique)

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